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Interview > 3 - 6 ans |

le partage chez l'enfant

Article du 20 mars 2016

Madame Catherine Dumont, maman de Coline 8 ans, d’Arthur 6 ans et de Juliette 2 ans, demande conseil au sujet du partage, de la rivalité et de la jalousie, à Valérie Mirault, conseillère en pédagogie Zazzen.

Catherine Dumont : Le temps des repas avec mes enfants devient vite l’enfer ! Ils veulent exactement la même chose. Hier, nous avons fait des crêpes. Coline a protesté qu’Arthur en avait eu plus qu’elle. Je lui assure qu’ils ont bien eu trois crêpes chacun. Elle se met à hurler que les crêpes de son frère sont plus grosses et plus dorées que les siennes. On ne s’en sort pas. Ce moment convivial a fini dans l’énervement et la rivalité entre les enfants. Que puis-je faire ?


Valérie Mirault : Quand les enfants exigent de recevoir à égalité et que le parent se sent obligé de leur donner exactement la même quantité, la même qualité, il y a un grand risque d’escalade car la parfaite division est impossible à réaliser ! Mais est-ce que servir exactement les mêmes quantité et qualité à chacun est la solution juste ? Partager un repas, est-ce diviser le plat en parts égales ou laisser chacun se servir selon ses besoins, sans oublier les autres convives ? Donner strictement la même chose revient à nier les différences de besoins, de goûts, de sentiments. Il est préférable de répondre au besoin réel de Coline : « Oh, tu as encore faim ! Veux-tu la moitié d’une crêpe ou as-tu assez faim pour une crêpe entière ? » . Le secret est là : pour favoriser les bons sentiments et l’harmonie entre les enfants, le parent doit prendre en considération les besoins réels mais aussi les sentiments de chacun.


C.M. : Vous parlez de sentiments. Arthur me reproche souvent de passer beaucoup de temps à jouer du piano avec Coline et me dit qu’elle est ma préférée car je ne joue pas avec lui. Effectivement, j’entraine Coline pour son audition mais je les aime autant tous les trois ! Comment le lui faire comprendre ?


V.M. : Agé de 6 ans, Arthur entre dans une période où son besoin de justice est très fort. Accordez à chacun le temps dont il a besoin. Vous pouvez dire à Arthur : « Je sais que je passe beaucoup de temps avec ta sœur pour l’aider à travailler son piano. C’est important pour elle car elle veut réussir son examen. Dès que j’aurais terminé, je veux que tu me dises ce qui est important pour toi et je te consacrerai, dès que possible, le temps nécessaire ». Traiter les enfants de la même façon pour qu’il n’y ait aucune jalousie entre les enfants ni aucun reproche de « préféré » est une gageure. Au lieu de lui dire que vous aimez tous vos enfants de la même façon, expliquez que vous les aimez chacun d’une façon unique en expliquant combien il est spécial pour vous et nommez tout ce que vous appréciez chez lui : ses qualités physiques, émotionnelles, sociales, intellectuelles... Il se sentira alors unique et pleinement aimé pour ce qu’il est et ne cherchera pas la comparaison avec Coline ou Juliette.


C.M. : Si je comprends bien, je dois donner autant de temps à Arthur qu’à Coline avec son piano ? Il n’aime pas le piano et j’avoue que je n’ai ni le temps ni l’envie de jouer aux super héros : Batman, les Marvel et compagnie ! Je veux bien respecter leurs goûts mais je veux aussi que l’on prenne les miens en considération ! Coline me reproche aussi d’acheter tout le temps des habits à Juliette… Comment faire pour sortir de ces disputes perpétuelles?


V.M. : Bien sûr, c’est très important que les goûts de chacun soient pris en compte. Ont-ils les mêmes besoins : égalité ou équité ? Donner la même chose, c’est donner moins ! Au sein d’une fratrie, le sentiment d'injustice peut être violemment ressenti. Pourtant, pour que personne ne se sente défavorisé, il n’est nul besoin de rechercher l'égalité à tout prix en donnant la même chose à chacun, au même moment. Chaque enfant est différent. L'équité est l’attitude à adopter. Ainsi, répondre aux besoins quand ils se présentent permet à chacun de se sentir spécial pour ses parents. Maman a acheté de nouveaux vêtements à Juliette car elle grandit plus vite et ses habits deviennent rapidement trop petits. Papa emmène Arthur au festival des BD car il adore lire avec lui des histoires de Marvel. Mamie projette d’emmener Coline à l’opéra pour écouter un grand pianiste. Vous expliquez cela à votre fils, qui le comprendra bien. Chacun est spécial, reconnu dans ses besoins, ses intérêts et accompagnés par quelqu’un qui partage ou comprend ses goûts! « Il faut tout un village pour élever un enfant », dit le proverbe. Une maman n’est pas obligée de tout faire seule.


C.M. : J’ai une dernière question au sujet de ma petite Juliette. Au square, elle ne veut pas attendre son tour au toboggan et passe devant tout le monde. Au bac à sable, elle prend les jeux des autres et ne veut pas prêter les siens. Comment l’accompagner ?


V.M. : D’abord il faut savoir qu’à 2 ans, c’est « chacun son tour mais moi d’abord ». Elle vit dans le présent et l’action. C’est encore difficile pour son cerveau immature de se projeter dans le futur et pour son corps d’être immobile face à l’envie de monter l’échelle et de se laisser glisser. Mais avec le temps et l’expérience, ça s’acquiert ! Ne pas prêter n’est ni égoïste ni un caprice. L’enfant est en construction. Il ne dit pas encore « je » dans son langage, ce qui nous indique qu’il n’a pas encore construit ses frontières entre son « je, moi, ma, mon, mien » et « toi, tu, ton, ta, tien ». C’est une phase très importante dans la grammaire verbale, structurante de son identité. Elle défend donc son territoire, s’identifie à ses jeux (je !) et ne veut pas les laisser dans les mains de l’autre. Par contre, quand elle prend un jouet de son copain et dit « c’est le mien », elle veut dire : « Je l’ai dans les mains, j’ai le contrôle sur ce jouet. ». Elle va progressivement apprendre par vos mots ses « droits à la propriété » et la frustration liée à la reconnaissance et au respect des droits de l’autre. Oui à 2 ans, l’enfant n’est pas mûr pour prêter et a tendance à confondre son « c’est moi » et « c’est à moi ». L’adulte peut le dire à l’autre enfant : « Pour l’instant c’est difficile pour elle de te prêter son jouet mais quand elle sera plus grande, elle le fera sûrement avec plaisir. ».

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