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l'angoisse du 8ème mois

Article du 29 décembre 2014

L'équipe du MagaZEN est allée à la rencontre de Joël Vandemoëre, EJE (Educateur de jeunes enfants) et coordinateur de l'Institut des éducateurs. Il a abordé pour nous « l'angoisse du 8e mois ».

MagaZEN : Qu'est-ce que « l'angoisse du 8e mois » ? Comment peut-on la définir ?  

Joël Vandemoëre :  Cette étape représente un des moments essentiels de la différenciation entre l'enfant et sa mère. En effet, il va prendre conscience que lui et sa maman sont deux personnes distinctes alors qu'il se voyait en symbiose parfaite avec elle depuis sa naissance. Cette révélation va le déstabiliser. A huit mois, l'enfant est désormais en mesure de reconnaître les visages familiers et les différencier les uns des autres. 

MagaZEN : Comment cela se caractérise-t-il chez l'enfant ?  

J.V :  L'enfant change de comportement. A l'approche d'un inconnu, il se réfugie dans les bras de ses parents. En revanche s'il est porté par des bras étrangers, il entre « en crise ». 
L'absence des parents et surtout de sa maman même pendant un temps bref lui est insupportable et provoque une effusion de larmes. Cette absence, en effet, le rend anxieux et l'angoisse. Il est donc important, si votre activité vous contraint à vous absenter quotidiennement, que votre enfant soit confié à une éducatrice confirmée qui saura le rassurer, le réconforter. Il pourra alors attendre sereinement votre retour. 

MagaZEN : Peut-on parler de la peur de l'étranger ?  
J.V :  Oui, mais pas seulement. L'enfant redoute surtout que son parent le quitte et qu'il le perde à jamais. Sa maman est son repère : elle est celle qui le console, qui lui apporte la sécurité et la tendresse. Ce qui explique sa crainte d'en être séparé. 

MagaZEN : Combien de temps dure l' « angoisse du 8e mois » ?  
J.V :  Selon les enfants, cette période d'angoisse varie tant sur la durée que sur l'intensité, son évolution étant propre à chaque enfant. Tout dépend du caractère de celui-ci, certains étant plus anxieux ou plus sociables que d'autres par nature. Elle ne devrait pas cependant dépasser le 10ième mois. 
L'appréhension des parents à confier leur enfant peut aussi accentuer les craintes de celui-ci. Il faut donc qu'ils veillent à être sereins quand ils le confient à un tiers. 

MagaZEN : Quels conseils donneriez-vous afin de mieux vivre cette période ?  
J.V :  Le jeu est un bon moyen de pallier les angoisses. Par exemple, jouer à cache-cache l'habitue peu à peu à voir disparaître l'adulte et surtout réapparaître. Il prend conscience que l'absence visuelle n'est pas synonyme d'abandon. Lui permettre de rencontrer d'autres personnes peut aussi être un bon moyen, par exemple en le faisant garder quelques heures régulièrement. Pour le rassurer, n'hésitez pas à lui laisser un objet familier. Le rituel du « au revoir » est également primordial car cela introduit un repère stabilisant. 
De plus, la communication est très importante : on lui raconte ce qu'on va faire et on insiste sur son retour, on insiste sur le fait qu'on l'aime et qu'on pense à lui.


Joël Vandemoëre, éducateur de jeunes enfants

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