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l'ami imaginaire

Article du 17 novembre 2015

MagaZEN : « L'ami imaginaire, qui est-il ? »

Eve Sonja : L'ami imaginaire peut s'appeler Doudou, Patachou ou Loulou. Ce peut être un chien ou alors un enfant qui lui ressemble. Il est le compagnon indispensable à votre enfant.

Selon diverses études, deux tiers des enfants entre 3 et 8 ans ont un ami imaginaire. C'est un comportement naturel qui aide l'enfant à se structurer et participe à son bien-être. « C’est pas toujours facile de grandir » : pour s’y aider, l’enfant se crée un ami imaginaire qui l’accompagnera vers son autonomie.

 
MagaZEN : « Pourquoi ce besoin de se créer un ami imaginaire ? »

E.S. : Pendant ses premiers mois, votre enfant a l’impression de ne faire qu’une seule et même personne avec vous. Ce n’est qu’à partir de huit mois qu’il se rend compte que vous êtes deux personnes différentes. Son doudou lui permet de se rassurer, de faire le lien entre sa famille et le monde extérieur, d’incarner la sécurité, de pallier le manque de sa mère, de construire son identité.

 
MagaZEN : « Quels sont les bienfaits d'un ami imaginaire pour l'enfant ? »

E.S. : Même si le doudou choisi par votre enfant ne ressemble à rien, il incarne pour lui la sécurité et assure le lien entre ses différents lieux de vie (maison, crèche…) et les personnes (parents, frères et sœurs, nounou...) qui l’entourent.

Grâce à lui, il peut vivre différents personnages et dans différents univers, et il lui permet de dire à papa et maman tout ce qu’il a sur le cœur sans risquer une réprimande !
L’ami imaginaire peut être doté de pouvoirs magiques, faire toutes sortes de choses défendues ou d’expériences à la place de l’enfant. Il permet parfois d’exprimer des pulsions pas toujours bien vécues comme l’agressivité ou l’égoïsme.

Je me souviens d'une petite à la halte-garderie qui demandait tous les jours à ses parents de laisser la télévision allumée pendant qu'elle était à la garderie. Après lui en avoir parlé, ils ont compris que la télé devait distraire Choupine, l'amie imaginaire de leur petite.

Un doudou n’est pas un objet comme un autre ! Il y a deux choses qui dépendent de vous : évitez de le perdre et lavez-le régulièrement. En effet, le doudou reste tout le temps avec votre enfant, il est donc traîné partout et doit donc être maintenu propre.

 
MagaZEN : « Jusqu'à quel âge est-il raisonnable d'avoir un doudou ? »

E.S. : Il n’y a pas d’âge « normal » : la décision doit se prendre en fonction de l’âge de vôtre l’enfant. Souvent, le doudou lui est un objet indispensable jusqu’à 6 ans. Passé cet âge, l’enfant se sépare de lui petit à petit mais peut encore parfois en faire un objet réconfortant en cas de chagrin ou d’angoisse. Vers 5-6 ans, incitez-le à s’en passer, dans un premier temps juste pour cette nuit. Parlez-lui comme à un grand : il doit prendre cette décision tout seul.

Le doudou restera ensuite généralement dans sa chambre et gardera longtemps une place de choix dans son cœur !

 
MagaZEN : « Ami imaginaire et mensonge ? »

E.S. : L'enfant vit dans un univers magique, celui des contes de fées et où ses jouets parlent. Alors pourquoi Patachou n'aurait-il pas mangé tous les chocolats ? On est plus dans l’affabulation que dans le mensonge. Lorsqu’il dit « C’est pas moi, c’est lui ! », il projette sur son doudou la responsabilité de son acte pour se déculpabiliser et « rester bon » à vos yeux. Votre enfant montre qu’il a compris les règles mais que vous restez le référent, celui qui ancre les choses dans la réalité. Montrez-lui que vous savez que la bêtise vient de lui et rappelez lui la règle que lui et son ami doivent respecter.

 
MagaZEN : « Quelques mots en guise de conclusion ? »

E.S. : Votre enfant peut utiliser son ami imaginaire pour faire passer des messages et exprimer quelque chose qui l’ennuie ; soyez donc à son écoute. 
Certains parents redoutent, à tort, que leur enfant confonde fiction et réalité. Il est important de ne pas casser le rêve éveillé de l'enfant : être une princesse, être un super-héros, etc. Ce petit monde intérieur, féerique et magique lui permet de mieux appréhender la réalité et d’en surmonter les difficultés.

Interview réalisée par Joël Vandemoëre, éducateur de jeunes enfants

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